VII / L’homme trinitaire
Avant d’aborder l’homme trinitaire, je voudrais revenir sur le trois et la relation qu’il peut y avoir entre le trois et ce que Denis l’aréopagite appelle le suressentiel. Le trois c’est ce qui n’est ni l’Un, ni le deux
L’Un
l’UN c’est la puissance divine infiniment infinie qui embrasse tout en elle et qui fait exister ce qu’on appelle la force de cohésion qui est le principe de réalité qui interpelle le plus la science et qui renvoie à la profondeur de la métaphysique, à savoir qu’il y a un principe qui fait que ce qui est EST ce qu’il est et conserve ce qui est. Ce principe est indestructible, la science dit que le néant ne peut pas exister parce que la disparition de la force de cohésion et du principe qui fait que ce qui est EST ce qu’il est, est impensable pour la raison très simple que le néant a besoin de la force de cohésion pour exister en tant que néant, à la base de toute chose, il y a ce principe de cohésion absolument indestructible.
Le véritable sens du monothéisme n’est pas le fait qu’il y a un Dieu au sens mathématique du terme, c’est le fait qu’il y a en Dieu cette force de cohésion parce qu’Il est cette force de cohésion, le but n’est pas de dire qu’il y a un Dieu par rapport à plusieurs Dieux, mais que Dieu est UN.
Le Deux
C’est la diversification par rapport à l’UN, c’est le principe de la vie et c’est un principe de différenciation, le vivant n’arrête pas de se différencier et cela donne l’extraordinaire diversité de la réalité dans laquelle nous sommes. Là, on a affaire à l’expression plurielle de Dieu, Dieu est vivant, cela veut dire qu’il est divers et qu’Il n’arrête pas de se diversifier. Cela permet de comprendre que, s’il y a un Dieu qui est UN, il y a un Dieu qui est pluriel. La Genèse commence par ce Dieu-là « Elohim bara bereshit » c’est-à-dire le pluriel, c’est-à-dire que Dieu déborde de Dieu.
Le Trois
Avec l’UN, nous avons une contraction, avec le DEUX, nous avons une dilatation, les deux vont ensemble et débouchent sur le TROIS, personne ne peut savoir ce qu’est le TROIS parce que c’est quelque chose d’inimaginable, qui n’est ni le UN, ni le DEUX. Là on est dans le souffle, le souffle pousse tout en avant, emmène au-delà, dans l’inimaginable. L’inimaginable permet de comprendre ce que nous sommes, ce qui existe et ce qui est réellement vivant. Ce qui fait que l’on est des êtres vivants, c’est qu’on va de l’avant, on va au-delà de soi. Si on veut rentrer dans la réalité, il faut passer par l’inimaginable et l’extraordinaire, il faut avoir envie de voir, d’entendre, de sentir, de gouter, de toucher, ce que l’on n’a jamais vu, entendu, senti, gouté ou touché. Le TROIS permet de comprendre ce qu’on appelle l’Esprit Saint. On dit, en général, qu’il y a le Père et le Fils et qu’ils sont dans l’unité de l’Esprit saint sans aller plus loin, sans se rendre compte que c’est une chose extraordinaire.
Je crois qu’il faut aborder les choses divines en rentrant dans la méthode de l’éminence qui consiste à dire que pour chaque chose, ce qui existe existe parce qu’il est éminemment ce qu’il est. Dieu est Dieu parce qu’il est éminemment Dieu, le Fils est le Fils parce qu’il est éminemment le Fils et l’Esprit c’est ce qui fait que tout est éminemment tout et va même plus loin dans les régions célestes. Cela se voit dans le visage des saints illuminés par l’Esprit Saint, qui est transfiguré par une lumière plus éblouissante que le soleil. C’est l’expérience que fait Motovilov lorsque Saint Séraphin, transfiguré par la lumière divine, devient plus lumineux que le soleil.
Ceci est la bonne méthodologie pour pouvoir vivre les choses divines, le Christ et tout ce qui est dit dans la tradition, et c’est la merveille du TROIS que je veux mettre en relation avec un autre élément qui est ce que Denis l’Aréopagite appelle le suressentiel. Le suressentiel résout les problèmes que les philosophes n’arrivent pas à résoudre. La philosophie essaie de penser la réalité, et pour cela, il faut TROIS éléments. Il faut les choses, l’image des choses, et la rencontre entre les choses et leur image. Les choses sont les choses existantes que l’on peut toucher et qui existent concrètement, c’est aussi l’image et la représentation que l’on s’en fait avec l’identification que l’on opère. Le problème de la connaissance commence lorsqu’on pose la question de la vérité de ce qui est vu. Qu’est ce qui fait que quelque chose est réel et que l’on peut réellement reconnaitre cette chose comme réelle ? lorsqu’on dit que la chose réside dans ce qui existe concrètement en oubliant l’image de la chose et lorsqu’on dit qu’une chose et l’image que l’on s’en fait en oubliant la chose elle-même, on se trompe. On s’est rendu compte que l’on ne peut pas réduire une chose à ce qu’elle est concrètement, mais on ne peut pas non plus la réduire à une image, La chose est une chose lorsqu’il y a simultanément la chose et son image et cela donne la connaissance qui est la nôtre où la chose et l’image sont associées.
La vision théologique
Cependant cela est une vision abstraite des choses parce qu’on accorde la chose et l’image, mais dans la réalité, chaque chose a une multiplicité de détails qui lui est propre, couleur, poids, matière, etc… De même l’image que l’on se fait de la chose est enrichie de la relation que l’on peut avoir avec elle, de son usage et de tout ce qui fait sa vie. On s’aperçoit que lorsqu’on rentre dans la chose vivante, on rentre dans une multiplicité de sens et d’images. Le point d’accord entre la chose et l’image, n’est ni l’image, ni la chose, mais nous-mêmes, et l’usage que nous faisons de cette chose, on connait la chose à partir de la construction que l’on en fait. A partir de là on va pouvoir élaborer une définition de la chose et dire ce qu’elle est. On va bâtir une essence et une nature fixe de quelque chose qui va permettre à celle-ci d’exister et d’avoir une consistance.
Dans notre monde il y a ce qu’on appelle des essences, c’est-à-dire des natures fixes et ces natures fixes sont reliées à des modèles, des idées, des idéaux qui font exister le monde autour de nous en lui donnant une consistance.
La caractéristique de la vision théologique consiste à ne pas en rester là, et à dire que dans la vie, on constitue des modèles, des idéaux, des essences à partir et dans le cadre de l’expérience qui est la nôtre, mais il faut aller beaucoup plus loin. Ce qui est intéressant, c’est de faire vivre quelque chose, non pas au niveau de l’essence, mais au niveau de la suressence. La suressence, c’est ce qui se passe lorsqu’une réalité matérielle devient le point de départ d’une aventure intérieure. Là, commence quelque chose qui me parle à l’intérieur de moi-même, qui me touche dans les profondeurs, et qui fait que cette chose va devenir essentielle, elle va devenir plus qu’un modèle, plus qu’un idéal, plus qu’une construction. Là, on commence à rentrer dans le suressentiel, c’est-à-dire dans la relation qu’il peut y avoir entre nous, la vie et la vie divine qu’il y a derrière la vie et qui fait que tout va se charger d’une signification vitale, profonde et bouleversante.
Par exemple, au départ, les Evangiles, c’est un livre, c’est l’image de ce livre, c’est la construction qu’on en fait à partir de l’image et de la réalité, c’est ce que devient l’Evangile comme modèle et idéal dans la vie individuelle et sociale, et à un certain moment, on s’aperçoit que c’est une des piliers de l’humanité et de l’univers. A partir de quelque chose qui est très simple, on arrive à quelque chose d’immense, au point que ce n’est pas le livre qui est contenu dans l’univers, mais c’est l’univers qui est contenu dans le livre. On est devant une révélation du caractère spirituel des choses et du caractère extraordinairement créatif de ce qui existe avec la possibilité de nous représenter cet extraordinairement créatif. On est dans la puissance du TROIS et dans le souffle créateur. Cela permet de déboucher sur le Dieu trinitaire et le monde trinitaire.
Le Dieu trinitaire
Le Dieu trinitaire, c’est le Dieu qui est à la fois dans l’invisible par le Père, dans le visible par le Fils, et qui va au-delà du Père et du Fils pour faire vivre l’inouï de la relation entre le Père et le Fils et le Fils et le Père, c’est-à-dire le passage de l’invisible dans le visible et du visible dans l’invisible. Cela est totalement nouveau parce qu’on ne sait pas où nous emmène ce Dieu, et cela est très bien parce qu’on n’a jamais vu ce Dieu qui va bien au-delà de Dieu et nous emmène dans un inimaginable.
Il n’y a pas plus vivant que le Dieu trinitaire et ce qui est vrai pour le Dieu trinitaire, est vrai pour le monde. Le monde, c’est la diversité, et il y a plusieurs manières de voir la diversité, il y a la diversité naturelle, la diversité humaine et puis il y a quelque chose qui va encore plus loin que la diversité naturelle ou humaine. Ce qui fait que dans le monde, il y a des mondes. Dans le monde naturel, il y a des mondes et il n’y a pas simplement les mondes naturels mais également les mondes humains, et dans les mondes humains, il y a les mondes célestes.
Les sciences suivent tous les degrés de la réalité : les planètes, aves l’astrophysique, la description de l’univers avec la physique, l’apparition de la vie avec la biologie, l’apparition des animaux, puis l’apparition de l’homme, l’apparition de la culture et de l’histoire, et on s’aperçoit qu’à chaque fois, il y a dans la réalité, des niveaux de réalité derrière lesquels il y a des niveaux de science et derrières lesquels il y a des mondes. Aujourd’hui, il y a le monde de l’astrophysique, le monde de la physique, le monde de la biologie, le monde de l’anthropologie, le monde de la culture, le monde de l’humanité, il y a des mondes partout, et c’est ce qui rend l’expérience du monde si formidable. Dans la réalité divine, il y a des mondes angéliques, avec des niveaux de réalité parmi les mondes.
Cela permet de nous mettre en état de vivre et de faire de nous des vivants. Le but n’est pas de nous noyer mais de nous permettre de vivre ici et maintenant, on n’a pas tout vu de Dieu et c’est ce qui fait que l’on peut être prêts à voir Dieu, donc à nous relier à Lui. On n’a pas encore vu la réalité du monde et c’est ce qui nous permet de la voir et de voir qu’elle est extraordinairement riche. Ceci est très important parce que c’est l’anti-désespoir. Lorsqu’on est déprimé, on dit qu’on a tout vu, que la réalité est vide et qu’il n’y aura aucune surprise, mais on se trompe et on n’imagine pas à quel point les choses vont loin autour de nous et en nous, nous ne sommes qu’au début de notre vie.
L’homme trinitaire
Il est important de comprendre que l’homme est trinitaire, à l’image du Dieu trinitaire et du monde trinitaire. Pour comprendre cela il faut comprendre la position de l’homme à l’intérieur de l’univers et comprendre pourquoi c’est une position trinitaire. Saint augustin a eu cette parole absolument extraordinaire : « Dieu a créé l’homme pour que l’univers ait un commencement », c’est-à-dire que la création de l’homme est le commencement de l’univers. Le commencement de l’univers ne commence pas avec la création de celui-ci. Ce qui est magnifique dans la Genèse, c’est de montrer le caractère vivant de la création, ce qui fait que l’univers est créé, ce n’est pas que Dieu l’a créé, mais que Dieu se réjouit de l’univers qu’il a créé. Dieu ne crée pas simplement l’univers, mais il crée tout ce qui va faire vivre l’univers : les végétaux, les animaux et toute la vie qui se trouve à l’intérieur de l’univers.
Les scientifiques se demandent s’il y a un principe créateur à la base de la vie ou s’il n’y a rien et ils n’arrivent pas à résoudre le problème car ils l’ont mal posé. Créer, c’est créer d’une manière vivante, ne pas arrêter de créer et aller vers de plus en plus de création. C’est créer la création en même temps que l’on crée, à travers une création de plus en plus nouvelle. C’est ce que fait Dieu, lorsqu’il crée, Dieu ne crée par l’univers, Il crée la création. Créer la création, c’est introduire l’idée que pour créer, il faut qu’il y ait de la Joie par rapport à la réalité qu’on a créée. La véritable création est au-delà de la création.
Le commencement
La création est différente du commencement car le commencement est une création nouvelle à l’intérieur de la création. L’expérience du commencement c’est ce qui se passe lorsque tout est ouvert et que tout commence, c’est l’ouverture avant toute ouverture et c’est l’ouverture de l’ouverture. Lorsque vous réussissez quelque chose, vous avez beaucoup de joie parce que tout est ouvert, tout est en état de commencement, vous allez pouvoir faire autre chose, une chose va en amener une autre et donc la vie commence. Ce qui est merveilleux dans la vie, c’est d’avoir le sentiment que les choses peuvent commencer, et toute réussite que vous avez vécu dans la vie vous a donné le sentiment du commencement.
Avec l’homme, l’univers peut commencer, une formidable ouverture apparait avec l’homme parce qu’avec l’homme, l’univers n’est plus seulement l’univers matériel, il est l’univers matériel plus la conscience de l’homme qui est la conscience de l’univers et la caractéristique de la conscience de l’univers, c’est qu’on ne sait absolument pas où cela peut mener parce que tout devient prodigieusement ouvert.
Si l’homme n’existait pas, l’univers n’existerait pas car ce qui fait que l’univers existe, c’est qu’il y a une conscience en lui qui est capable de faire de lui un univers conscient et non pas un univers inconscient. Ce qui fait qu’on existe, c’est qu’on existe pour quelqu’un, si l’on n’existe pour personne, on n’existe pas. Ce qui est extraordinaire avec l’homme et la conscience de l’homme dans l’univers, c’est que l’homme introduit le fait que l’univers existe pour quelqu’un, et donc, l’univers existe vraiment. Grâce à l’homme il a une capacité d’existence qui n’existait pas et qui apparait avec l‘homme. L’existence de l’homme est une chose complètement extraordinaire !
Spinoza ne l’a pas compris parce qu’il est comme certains écologistes qui ne voient dans l’homme que son orgueil et l’idée qu’il se prend pour le centre de l’univers. Mais il est absolument vital que l’homme soit le centre de l’univers, il n’est pas question de l’orgueil de l’homme mais de sa conscience qui est un centre par lequel l’univers passe de l’univers inconscient à l’univers conscient et il existe vraiment parce qu’il existe pour quelqu’un. Je suis totalement d’accord avec Levinas qui met la relation du Je et du Tu à l’origine de toute choses, tant qu’il n’y a pas de relation entre un Je et un Tu, rien n’existe. Camus appelle l’absurde l’écart qu’il y a entre la souffrance et l’indifférence du monde et il a raison car ce qui est absurde, c’est le sentiment que l’on peut souffrir et que tout le monde est indifférent parce que la souffrance n’existe pour personne. C’est parfaitement juste et ce qui fait qu’à un moment le monde change, c’est que la souffrance ne laisse pas le monde indifférent et qu’on existe pour quelqu’un.
L’extraordinaire, n’est pas simplement que l’homme fasse apparaitre l’ouverture et la liberté d’un monde où on se met à exister réellement et pas simplement à apparaitre dans la matière. Souvenons-nous du jour où nous avons existé réellement où nous avons existé pour quelqu’un, cela s’appelle le premier amour. On se rend compte que l’on existe pour quelqu’un et c’est phénoménal, on a une joie et une énergie extraordinaires, c’est une des plus belles choses de la vie, être amoureux, être aimé, et sentir que tout se met à exister intensément et extraordinairement parce qu’on existe pour quelqu’un.
La création, la joie de Dieu pour la création, l’apparition de la vie, les différents niveaux de la vie, l’apparition de l’homme avec la conscience de l’homme et les choses se mettent à exister réellement. Ce qui est encore plus merveilleux, c’est que cela ne s’arrête pas là car exister réellement, c’est ce qui se passe lorsque l’homme est capable de faire l’expérience de l’existence. C’est ce que Pascal décrit admirablement quand il décrit ce que veut dire l’expérience du petit et du grand. Par définition le petit s’oppose au grand et le grand s’oppose au petit, mais lorsqu’on rentre dans la réalité, on s’aperçoit que celle-ci est tellement vaste que ce que l’on croit petit est très grand par rapport à plus petit et que ce que l’on croit grand est extrêmement petit par rapport à plus grand, à ce moment-là on perd tous ses repères, on est projeté au-delà de soi-même et on rentre dans l’extraordinaire de toutes choses et de soi-même, on est vraiment dans l’existence, dans quelque chose d’immense et de colossal. Ceci permet de comprendre l’incroyable de l’existence humaine.
L’homme centre de l’univers
Si l’on fait véritablement l’expérience de l’homme comme centre de l’univers, il est complètement impossible d’être dans l’orgueil parce qu’on va effectivement faire attention à l’homme car il est la conscience de l’univers et si l’on vit cette conscience, on va rentrer dans une humilité absolue. En perdant tous nos repères, on va rentrer dans quelque chose d’infiniment bouleversant, et ceux qui critiquent l’homme comme centre de l’univers n’ont pas fait cette expérience, ils ne sont pas rentrés dans le bouleversement phénoménal que cela représente et qui met dans l’attitude de l’humilité, ce qui est la même chose que l’expérience de l’immensité et du phénoménal.
Le phénoménal, c’est ce que les philosophes recherchent lorsqu’ils recherchent la vérité, ils veulent découvrir la chose même, comme dit Rimbaud : « Je cherche la vérité dans une âme et dans un corps ». La chose même, c’est la sidération devant quelque chose qui nous dépasse infiniment et nous donne une joie infinie de pouvoir vivre ce bouleversement.
On comprend ce que veut dire Annick de Souzenelle à propos de l’homme : Dès le début de la Genèse, il y a Elohim qui désigne le Dieu d’en bas et l’homme qui désigne le Dieu d’en haut et cela est très important pour la suite car on comprend pourquoi le Christ va être appelé le Fils de l’Homme. L’Homme un roi, c’est le roi de la création parce que par lui, l’expérience du phénoménal peut exister. Ce qui fait que le phénoménal existe dans la réalité, c’est qu’on le fait vivre et qu’on vit avec lui, le phénoménal existe parce qu’il y a quelqu’un qui est capable de le faire vivre. Cela permet de comprendre ce que dit Pascal lorsqu’il dit : « l’homme passe l’homme », c’est ce qui se passe lorsque l’homme vit véritablement l’homme, ce qu’il vit est tellement phénoménal que le phénoménal va au-delà du phénoménal.
Il est nécessaire de parler de cette cascade de phénoménal pour parler de la réalité des choses et il est extrêmement important de faire attention à l’homme pour faire attention à la réalité de l’univers. Les génies qui ont inventé la science moderne aux 15ème et 16ème siècle l’ont parfaitement compris, en particulier Nicolas de Cues. La science moderne est née de la relativité qui fait simultanément apparaitre l’homme et l’infini, c’est quelque chose que Descartes, Pascal et Nicolas de Cues décrivent très bien. Nicolas de Cues, cardinal catholique va à Constantinople, rencontre les théologiens grecs et revient avec le théologie négative de Denis l’Aréopagite, écrit La Docte ignorance qui est texte mystique à la base de la science moderne.
La science moderne et née de la capacité que l’on a de relativiser les choses, c’est ce qui se passe lorsqu’on s’aperçois que le petit est grand par rapport à plus petit et que le grand est petit par rapport à plus grand. En faisant ainsi rentrer l’infini, on commence à observer rigoureusement la réalité parce qu’on a le sens de la relativité des choses, donc de la situation des choses par rapport à leur contexte. On fait apparaitre en même temps l’homme qui est capable de penser cela, et la rigueur à l’intérieur de l’observation qui permet de comprendre les processus de la science : observation rigoureuse, classement et critique de ce qui est observé. L’homme, l’infini et la rigueur vont ensemble et cela débouche sur une juste compréhension de ce que veut dire l’homme.
Le corps l’âme et l’esprit
Concrètement, je vous ai parlé de la création de l’univers, de l’apparition de l’homme et du phénoménal que cela représente. Lorsqu’on fait apparaître le phénoménal, on fait apparaître l’observation, l’infini, la rigueur et l’homme, mais on fait apparaître également l’homme que nous sommes à travers le corps, l’âme et l’esprit qui sont la traduction de tout ce que je viens de dire sur le caractère phénoménal de l’homme et de sa relation avec l’infini. Dans l’univers, l’homme va au-delà de l’homme, on est dans la trinité car il y a l’homme, il y a quelque chose qui nie l’homme, qui ne l’emmène pas dans la mort mais au-delà de l’homme, dans le phénoménal et dans l’infiniment infini.
Le sens de l’infiniment infini permet de relativiser, de regarder les choses avec rigueur et de faire exister l’homme en même temps que l’infini et la rigueur. Seul le fait de prendre l’homme comme corps, âme et esprit, permet de traduire cette relation à l’infini, à la rigueur et à l’observation.
L’homme c’est d’abord le corps, l’individu corporel que nous sommes ici et maintenant, c’est très charnel et très physique, j’existe en tant qu’Homme. Le corps est l’indice qui prouve mon existence réelle, je ne suis pas une abstraction, j’existe en chair et en os. Ce qui fait qu’on a un véritable corps, c’est que ce corps a une âme et qu’il n’est pas simplement un corps. L’âme c’est ce qui se passe lorsque l’homme vit le corps, lorsqu’il vit ce qu’il vit en vivant le corps, il fait vivre le corps et le corps devient un corps personnel, sensible, avec une expansion de la sensibilité de la personne, le corps a une âme. Ce qui fait qu’on a une âme, c’est que nous sommes capables de transposer ce que nous vivons avec la réalité autour de nous en nous rendant compte que tout a une âme, comme le dit Victor Hugo : « tout vit, tout parle, tout a une âme ». El là, nous faisons apparaitre l’Esprit. L’esprit, c’est la relation qu’il y a entre moi et les choses, les choses et moi, moi et les êtres, les êtres et moi, moi et l’existence et l’existence et moi, ce qui fait que les choses existent, les autres existent, l’existence existe, l’existence me parle et je parle à l’existence. Tout se personnalise, tout s’intellectualise, tout se spiritualise, on rentre dans l’esprit et dans la formidable révolution de l’homme qui se passe à l’intérieur de nous, parce que ‘intérêt est d’appliquer tout cela à notre existence pratique, ici et maintenant.
Être homme c’est être pleinement ce que nous sommes, c’est être capable d’être simultanément un corps, une âme et un esprit. Lorsque je suis vivant, le suis dans mon corps, lorsque je suis dans mon corps, je suis moi, et quand je suis moi, la vie vit, les autres vivent, tout vit et tout parle parce que je ne peux pas vivre sans faire vivre la vie et je ne peux pas la faire vivre sans la faire vivre partout. Je vis parce que je fais tout vivre à partir de ma vie et que tout se rempli de présence, de paroles et de vie active. D’où la justesse de ce qui consiste à dire : « tout le bien que tu te fais à toi-même, tu le fais à l’univers, et tout le bien que tu fais à l’univers, tu te le fais à toi-même.
Le Christ, fils de l’homme
Lorsque l’homme Jésus est inspiré et qu’il parle en Esprit et en Vérité, il se fait fils de Dieu, Dieu est alors celui qui parle à travers lui sous la forme de l’Esprit et de la Vérité. Lorsque l’homme Jésus devient l’homme vivant qui transforme le monde autour de Lui, Il devient le fils de l’homme, c’est-à-dire le fils de l’accomplissement de toutes choses, c’est-à-dire celui qui va rendre tout vivant, tout parlant et tout agissant. Annick de Souzenelle a raison de dire que l’homme est le Dieu d’en Haut. Il y a Dieu qui est le Père, qui s’efface pour que tout vive, et cela fait advenir l’homme, le tout vivant, le tout parlant. Le Christ est fils de Dieu dans la mesure où Il devient fils de l’homme. Le Christ est Fils du Père qui s’efface pour faire que tout vive dans la mesure ou lui-même se met à tout faire vivre et s’efface pour que tout vive.
En résumé, aller dans la vie divine, c’est aller dans la vie et dans l’extraordinaire de la vie pour faire vivre le vivant. Tout ce qui nous est dit est là pour faire naitre le vivant, c’est la raison pour laquelle, rien n’est isolé, et rien n’est statique. Dieu n’est pas tout seul, Dieu est vivant, Dieu est Père Fils et Esprit, il est trinitaire et il rend tout trinitaire, il rend le monde et l’homme trinitaires. Ce qui est important, c’est d’apprendre à vivre cet homme trinitaire vivant. J’aime la trinité parce que c’est la plus belle méthode qui existe pour ne rien oublier. Ne rien oublier c’est tenir compte de tout, du matériel, du personnel et du transcendant. Cela veut dire être très attentif au corps, très attentifs à l’âme et très attentif à l’Esprit. Dans la relation que l’on peut avoir les uns avec les autres, c’est être très respectueux du corps qui est le nôtre et du corps des autres, c’est être très respectueux de l’âme, du principe personnel qu’il y a en chacun et c’est être très respectueux du caractère génial non encore manifesté de tout être et de notre être. Nous avons en nous quelque chose de génial qui ne demande qu’à vivre, qu’il faut faire vivre, et qui correspond à la part la plus originale, la plus singulière et la plus étonnante de nous-mêmes.