VIII/ Le Corps temple de l’Esprit
Le Dieu vivant
La trinité renvoie au Dieu vivant, et la notion de Dieu vivant est la voie royale pour aller vers Dieu. Lorsqu’on parle de Dieu en tant qu’être isolé, on ne comprend rien à Dieu ou pire, on transforme Dieu en un principe unique, abstrait, absolu et autoritaire, d’où les malentendus à propos de Dieu qui font qu’on a une idée politique de Dieu, c’est la figure archaïque du père dans la horde primitive, telle qu’elle est décrite par Freud dans Totems et Tabous. Le Dieu vivant est une subversion complète par rapport aux figures patriarcales et archaïques. Dieu n’a rien à voir avec un principe autoritaire, archaïque et sénile qui domine, opprime et tyrannise. C’est exactement l’inverse, Dieu est celui qui se met entre parenthèses pour que tout puisse advenir, et toute la théologie des pères grecs est une théologie de la kénose, c’est-à-dire de la mise en retrait de Dieu face à la création et à l’homme pour que ceux-ci aillent dans leur accomplissement.
Ce qui caractérise le Dieu vivant et la divine trinité, c’est une manière magnifique de parler du Dieu vivant qui embrasse tout : « Toi qui es partout présent et qui remplis tout » dit la prière à l’Esprit Saint. S’il y a le Père, source invisible de tout, il y a le Fils qui est la manifestation visible du Père, ce qui fait qu’avec le Père et le Fils, on englobe tout, le visible et l’invisible. L’esprit est ce qui emmène le Père au-delà du Père, le Fils au-delà du Fils, il emmène tout au-delà de tout d’une manière inimaginable. On a affaire à la divine trinité qui renvoie toujours à une expérience intérieure de Dieu. Expérience de l’humilité et de l’émerveillement à la fois, j’ai conscience d’être relié à une source de vie inimaginable tant visible qu’invisible, je suis à la fois émerveillé et humble devant cette source. Je fais l’expérience de Dieu qui est de sentir la divine présence à l’intérieur de moi-même et de rentrer en dialogue avec elle.
Je crois que toute l’expérience de l’Eglise nous amène à cela, l’expérience de l’Eglise, c’est qu’elle est au service de la rencontre de chacun avec Dieu pour qu’il puisse vivre cette divine présence en se laissant guider par elle. Dans la réalité qui est la nôtre, cela se traduit à travers le monde trinitaire, l’homme trinitaire et le corps comme manifestation du monde et du Dieu trinitaire.
Le Dieu trinitaire
Le Dieu trinitaire c’est le cosmos avec la matérialité, c’est l’apparition de l’homme qui fait muter l’univers en faisant de l’univers un univers conscient grâce à la présence de l’homme, et pas simplement un univers matériel, et le monde spirituel c’est ce qui va encore plus loin que la nature et l’humanité avec l’histoire. C’est le monde à venir tel que nous n’en n’avons pas encore une imagination possible. Nous allons vivre l’humanité matérielle avec le cosmos, nous allons vivre l’histoire avec les hommes et nous allons vivre un autre monde et une autre histoire, les choses ne sont pas finies, le cosmos n’est pas fini, l’histoire n’est pas finie, rien n’est fini, mais nous apprendrons à vivre avec un cosmos transfiguré et une humanité transfigurée.
Ceci se manifeste en nous dans l’homme trinitaire, corps, âme, esprit, à la fois charnel et sensible, en même temps personnel et puis quelque chose de transcendant qui est plus que charnel et plus que personnel. Il nous est donné de faire l’expérience du corps et de la personne humaine pour pouvoir découvrir plus que le corps et plus que la personne humaine.
Le plus que vivant dans lequel nous sommes appelés à aller se traduit par l’homme avec son corps. Il est important de comprendre pourquoi le corps est le lieu d’accomplissement de l’homme céleste qui se trouve à l’intérieur de nous. Pour cela il faut distinguer une manière occidentale de voir les choses d’une manière orientale. La caractéristique de l’occident, c’est de partir de l’homme pour aller vers Dieu et la caractéristique de l’orient, c’est de partir de Dieu pour aller vers l’homme. La caractéristique de l’occident, c’est de monter et celle de l’orient, c’est de descendre.
Il est très beau de parler de la montée de l’homme vers Dieu mais le risque c’est de ne plus voir Dieu et de voir l’homme qui monte et on a l’impression que Dieu c’est l’homme qui monte. C’est ce qu’on voit dans le mythe de Sisyphe de Camus ou l’homme se complait à refaire toujours la même chose qui est de remonter un rocher au sommet d’une montagne. Il y a là une exaltation d’une forme de solitude de l’être humain qui n’a rien à voir avec ce qui se passe en orient, lorsque les choses viennent du ciel et vont sur la terre, on s’aperçoit que Dieu est toujours avec l’homme. C’est une bonne manière de représenter les choses comme venant d’en haut et descendant sur terre et non pas l’inverse.
La divino-humanité
Cela permet de comprendre la divino-humanité, le Christ et l’homme. Dieu et l’homme cheminent toujours ensembles, Dieu n’est jamais tout seul, Dieu et l’homme sont toujours ensembles. Dieu n’est jamais tout seul parce qu’avec la divine trinité Il est le plus que vivant, il est le plus que Dieu avec l’homme, Il est plus que dieu et l’homme, il est plus que tout. C’est ce schéma dynamique qui permet de mobiliser en nous des énergies intérieures et d’être toujours dans une dynamique extrêmement tonique et joyeuse.
L’homme est l’esprit fait corps, ce n’est pas le corps qui va avoir une âme et un esprit mais c’est l’inverse, c’est l’esprit qui va rentrer dans l’âme et dans le corps. Nous avons une vision matérielle et infantile, pour un bébé, la seule chose qui existe au monde, c’est le corps de sa maman et tout est lié à la matérialité. Le problème c’est de sortir de ce corps maternel pour ne plus identifier la réalité au corps de maman et cela demande une rupture énorme. Nous avons vu cette rupture dramatique décrite par Freud avec Œdipe, et Kant dans la critique de la raison pure, explique que l’humanité a commencé à faire des progrès au niveau mathématique et scientifique, à partir du moment où elle n’a plus regardé la nature pour essayer d’y trouver la vérité de l’existence. Il faut oublier le monde, la nature, la société, il faut tout oublier pour pouvoir sortir du corps de maman, devenir soi-même et avoir une relation d’adulte au lieu d’avoir une relation de fusion.
C’est extrêmement difficile car on n’imagine pas pouvoir vivre sans la société, sans autrui et sans une fusion totale avec le monde autour de nous. Pourtant tous les grands sages et toutes les grandes mystiques enseignaient la rupture avec le monde et ce sont exactement les hiérarchies angéliques que l’on trouve chez Denis l’Aréopagite, c’est-à-dire : premièrement la conversion, deuxièmement la fermeté et troisièmement la rupture totale avec le monde. Cela donne la sainteté dans le monde chrétien, les délivrés vivants dans la vision indienne et l’homme universel dans l’islam, c’est ce que l’on appelle l’homme accompli.
La pratique monastique de mort au monde donne l’impression de quelque chose de très violent, mais c’est au contraire quelque chose de formidable qui fait que l’on arrête la fusion. Nous sommes en fusion complète avec le corps de maman, la famille, le milieu social et culturel, l’actualité et on passe complètement à côté de notre vie. On en est malade car pratiquement toutes les maladies viennent d’une rupture qui n’a pas eu lieu.
Rompre avec le monde, c’est rentrer dans la divine trinité et dans le schéma trinitaire qui vient du ciel, qui passe par l’âme et qui rentre dans le corps, ce qui fait que l’homme est corps, âme et esprit. Le corps est la réalisation de l’esprit, nous pensons que tout part du corps, et comme tout part du corps, tout n’en sort jamais. L’âme et l’esprit n’existent pas et il n’y a que la matérialité parce qu’il n’y a que la fusion avec le monde naturel et social dans lequel il n’est pas question de vivre autrement que dans la fusion. C’est ce qui fait que l’on n’arrive pas à progresse et à penser, on n’est pas capable de naitre et d’aller dans l’homme accompli, nous sommes dans un monde paralysé politiquement et socialement. La société française vit un auto-blocage, elle n’a pas encore fait la révolution. Les régimes qui croient avoir fait la révolution ne sont pas arrivés. Seuls quelques génies, à titre individuels, ont été capables de se délivrer à l’égard de cette glue que sont la société, la famille, le monde et l’actualité. Mais à titre collectif, nous avons des progrès gigantesques à faire pour arriver à vivre cela.
L’homme transcendantal
Nous ne devons pas mépriser le corps et la matérialité car c’est quelque chose céleste, c’est là que se manifeste l’esprit. Annick de Souzenelle nous dit que nous avons un corps divin à l’intérieur de nous et cela change tout car nous vivons d’une manière abstraire comme si nous devions oublier le corps pour aller au-delà du corps qui ne serait que le support pour être autre chose. Ors le corps n’est pas le support, mais c’est le lieu de l’accomplissement.
Nous devons partir de l’esprit pour aller dans le corps, nous devons partir du souffle de vie qui est dans l’esprit et qu’on appelle le désir et l’élan vital, puis nous faisons rentrer l’esprit dans l’âme par la tenue et nous allons dans le corps. C’est dans le corps que l’on peut vérifier le souffle de l’élan vital et l’élan vital qui se tient à travers la découverte de ce qu’on peut appeler l’homme transcendantal.
C’est ce dont parle Jean Staune dans son livre sur le Christ, pour lui le Christ est venu libérer la religion intérieure qui est celle de l’homme transcendantal qui n’est pas l’homme transcendant qui est au-delà de tout, mais c’est l’homme qui est à l’intérieur de tout comme condition de possibilité de ce qui existe. C’est l’homme capable d’autoréflexion à l’intérieur de nous-même, c’est-à-dire capable de vivre ce qu’il vit, de penser ce qu’il pense, de voir ce qu’il voit, d’entendre ce qu’il entend de gouter ce qu’il goute, de respirer ce qu’il respire, de sentir ce qu’il sent.
Lorsque je fais cette expérience d’autoréflexion dans mon corps, des yeux, des oreilles, du nez, de la bouche, des mains et du corps, je découvre Christ en moi sous la forme de la simultanéité entre le corps et l’esprit du corps, je rentre dans un corps vivant et habité. Je rentre dans une vive vivante et je comprends pourquoi il a été dit « rentre en toi-même ». C’est pour faire vivre le divino humain à l’intérieur nous et rencontrer le Christ. On débouche alors sur l’état de prière, c’est-à-dire l’état de présence à la présence divine qui se trouve en nous pour laisser vivre cette présence divine.
Dans l’Eglise lorsqu’on parle du corps du Christ cela signifie l’homme transcendantal à l’intérieur de soi, mais je doute que des prêtres expliquent la communion ainsi et que les chrétiens comprennent ce qui se passe. La communion, la rencontre avec le corps du Christ, la parole « mangez ceci est mon corps buvez ceci est mon sang » sont des choses prodigieuses, seulement, il faut sortir des images pour rentrer dans cette expérience prodigieuse qui est l’expérience du Christ à l’intérieur de nous. Cela permet de comprendre la relation qu’il y a entre le corps et la Divine Trinité, mais tout ne s’arrête pas là.
Le corps
La question du corps est une question vitale parce qu’à l’égard du corps, nous vivons une double névrose, la première c’est l’oubli du corps et la deuxième c’est l’obsession du corps.
Dans l’oubli du corps, certaines personnes n’ont pas de corps car elles se prennent pour des anges, elles vivent sans avoir le respect et la gratitude à l’égard de leur propre corps. Il y a un certain nombre de personnes qui n’ont pas encore pris contact avec leur corps. Il y a exactement l’inverse qui est l’obsession du corps. Chez les hommes, c’est l’obsession des muscles et chez les femmes le recours à la chirurgie esthétique. D’où l’importance de l’expérience trinitaire qui permet de prendre réellement conscience de son corps.
Le Christ ne cesse de dire : « Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent », il faut passer par cette expérience de la Parole qui amène à la vie incarnée et vécue. Le corps est le grand absent du monde dans lequel on vit, c’est à la fois l’absence du corps dans un monde asexué et désérotisé ou l’inverse dans un monde hypersexué et hyper-érotisé qui n’a pas de corps pour autant.
Pour comprendre un corps, il faut comprendre trois éléments, le premier est un élément physique, charnel et matériel. Nous sommes des êtres de chair et de sang, nous avons un corps et c’est formidable parce qu’on voit que faire l’expérience de la réalité, l’expérience de l’être et l’expérience de Dieu, c’est la même chose. Une divine expérience, c’est être capable de dire « je suis et j’existe vraiment. » Dieu est celui qui existe vraiment comme nous le dit saint Thomas d’Aquin.
Le deuxième élément est le caractère personnel du corps. Le corps n’est pas simplement la matérialité et l’existence charnelle, c’est aussi l’existence personnelle, il y a quelque chose dans notre corps qui n’appartient qu’à nous et que nous connaissons dans l’intime de nous-mêmes. Toutes les sensations que nous ressentons nous sont personnelles et personne d’autre ne peut les ressentir de la même façon. On est devant quelque chose qui est indicible, on commence à vivre charnellement avec son corps, mais ensuite on vit dans une sensibilité infinie. Ce qui caractérise la sensibilité c’est cet énorme paradoxe que rien n’est plus sensible que l’insensible, rien n’est plus palpable que l’impalpable et rien n’est plus matériel que l’immatériel. Plus les choses sont délicates, plus elles sont sensibles, les anges nous envient d’avoir un corps car ils sont plongés dans la vie divine, mais ils ne font pas l’expérience que nous faisons de pouvoir y arriver. A eux elle est donnée, mais à nous, elle n’est pas donnée, et ce qui est génial c’est que nous faisons une découverte que les anges aimeraient faire.
Et puis il y a le troisième corps qui n’est plus le corps charnel, qui n’est plus le corps sensible et personnel, mais qui est le corps ontologique. C’est le corps qui est capable de faire UN avec tout. C’est l’expérience de rentrer dans son corps et de se sentir exister vraiment sans avoir besoin de rien d’autre. C’est une expérience divine, faire l’expérience de Dieu et faire l’expérience du corps et de l’UN à l’intérieur du corps c’est la même chose. Il n’y a pas plus simple et plus dépouillé mais il n’y a pas plus extraordinaire et tous les mystiques du monde s’accordent. On se sent UN avec l’univers, c’est l’expérience de la sainteté telle qu’elle est définie par le starets Silouane qui dit que si l’on sent que l’on fait UN avec l’univers entier, on a compris ce qu’est l’expérience du Christ et de la sainteté.
Le corps divin
Cela nous amène à comprendre la question de la mort et de la résurrection à l’intérieur du corps. L’important est de vivre le corps et les trois obstacles qui empêchent de vivre le corps sont le corps chosifié, le corps anonyme et le corps impudique.
Le corps est vivant, il n’est pas chosifié, il n’est pas coupé de la vie et des sensations, ce n’est pas un simple organe au service de notre volonté. Le corps n’est pas anonyme, c’est le corps de quelqu’un avec un visage et un nom qui donnent une réalité et une chair au corps. Le corps n’est pas impudique, la caractéristique de la pudeur est la retenue qui permet de déverser l’extraordinaire de la vie tout comme un barrage permet de déverser l’eau retenue.
L’expérience du corps divin est celle d’un corps qui vit, qui est sensible et qui n’est pas un instrument, d’un corps avec un visage et un nom, d’un corps qui dévoile quelque chose de fabuleux parce qu’il donne à voir quelque chose qui est encore voilé. On comprend ce que veut dire la résurrection qui n’est pas un prodige au sens banal du terme. Je fais l’expérience du cadavre qui est un corps chosifié, anonyme et impudique et je fais l’expérience du corps vivant avec un visage et un nom, un corps qui est en suspend pour donner à pressentir un corps qui n’existe pas encore et on débouche sur l’expérience du corps ressuscité. Sur la croix, le crucifié était nu et le but était de rendre sa nudité honteuse. Mais avec le Christ sur la croix, il y a un corps vivant qui a un nom, un visage et qui annonce quelque chose qui n’existe pas encore et qui est retenu. L’incarnation signifie que Dieu n’est pas au-delà, mais qu’Il est ici, Il n’est pas au-delà de la matérialité mais dans le cœur de celle-ci et dans le cœur du corps. Il est important de comprendre la simultanéité du symbole et du corps dans l’expérience de la transcendance.
Incarné, cela signifie prendre corps mais cela signifie également devenir un symbole. Le corps incarne quelque chose qui n’est pas le corps ce qui fait qu’il est aussi bien corps que non corps. Le symbole c’est l’image de la transcendance, le corps est l’image de la transcendance qui s’incarne dans le corps et il est le corps de l’image de la transcendance.
Au sujet de l’incarnation on parle souvent d’un corps mais on oublie l’image de la transcendance et la simultanéité entre les deux, on parle d’un corps sans image, ors il n’y a jamais de corps sans image. N’oublions pas que l’homme a été créé à l’image de Dieu. Le sens profond de l’incarnation, c’est comprendre la réalité du corps, il est inouï d’être ici avec ce corps et de posséder la potentialité du corps qui est la nôtre, une potentialité qui commence dans ce monde mais qui ne finira pas, elle ne fait que commencer puisque notre véritable nom, notre véritable visage et notre véritable incarnation n’ont pas encore été dévoilés.
L’impudicité
Au verset 19 du chapitre 6 de la première épitre aux corinthiens Paul dit : « Tout m’est permis mais tout n’est pas utile, tout m’est permis mais je ne me laisserai dominé par quoi que ce soit. Les aliments sont pour le ventre et le ventre et pour les aliments, Dieu détruira l’un comme les autres. Le corps néanmoins n’est pas pour l’impudicité, il est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps. Et Dieu qui a ressuscité le seigneur nous ressuscitera par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? prendrais-je les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée ? Loin de là. Ne savez-vous pas que celui qui s’attache à la prostituée est un seul corps avec elle ? car est-il dit, les deux deviendront une seule chair. Mais celui qui s’attache au Seigneur est avec lui un seul esprit. Fuyez l’impudicité ! quel qu’autre péché qu’un homme commette, ce péché est hors du corps, mais celui qui se livre à l’impudicité pèche contre son propre corps. Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu et que vous ne vous appartenez pas à vous-même car vous avez été rachetés à grand prix ? Glorifiez Dieu donc, dans votre corps et dans votre esprit. » Saint Paul enseigne ce qu’est le Christ et il vient révéler ce qu’est le corps. Parler du corps c’est parler du corps temple du Saint Esprit par opposition au corps comme impudicité.
Pour comprendre l’impudicité, il faut comprendre les trois visages de la prostituée. Le premier, visage le plus commun, ensuite la prostituée au niveau intérieur, et la prostituée au niveau céleste. Dans le premier visage, un homme va voir une prostituée pour avoir des relations sexuelles avec elle, quelque part, c’est quand même le malheur, si tu es marié tu devrais trouver le plaisir avec ta femme, si ce n’est pas le cas, c’est qu’il te manque quelque chose. Il y a là une impudeur car l’expérience du voilement et du dévoilement n’est plus vécue, c’est seulement le sexe pour le sexe et le corps pour le corps, en fait il n’y pas de corps et finalement il n’y a pas de sexualité car il n’y a pas d’éros. Lorsque celui qui sera allé voir la prostituée aura bénéficié de ses faveurs, le corps de la prostituée ne dévoilera rien de plus, l’homme aura eu un orgasme, il se sera » déchargé » et les chose en resteront là. Tandis que ce qui est magnifique dans l’amour véritable c’est que les chose n’en restent jamais là et la sexualité devient le début d’une aventure formidable très bien décrite par Platon lorsqu’il explique que l’amour physique est le début de l’amour intellectuel qui est une aventure de connaissance qui amène les gens jusque dans la notion de la noce divine. On passe de la noce humaine à la noce divine, le corps aura dévoilé quelque chose et il n’y aura plus de prostituée. Il est arrivé parfois qu’un homme trouve sa femme dans un « bordel ». Ce lieu qui pouvait être le lieu de l’impudicité devient alors celui de la plus grande pudeur. Ce qui explique que les prostituées peuvent aller les premières au royaume des cieux. Le corps brut qui ne dévoile rien, qui est le corps prostitué peut devenir le corps qui révèle la royauté de la femme, de l’homme et de l’humanité.
Une deuxième impudicité peut exister par rapport à notre propre corps. Saint Paul nous dit que si nous allons avec une prostituée, nous allons contre notre propre corps parce que notre propre corps ne va rien révéler et nous ne découvrirons pas en nous un corps inconnu à partir du corps, un sexe inconnu à partir du sexe. Il faut comprendre qu’il y a en nous un corps inconnu, un corps divin capable de faire des expériences formidables. Si nous ne connaissons pas la pudeur à l’extérieur en voyant dans le corps d’une femme quelque chose qui va libérer un corps inconnu, nous ne libérerons pas notre corps inconnu et nous serons dans le malheur comme ceux qui boivent de l’eau salée. Plus nous boirons, plus nous aurons soif et nous deviendrons des « boit sans soif ».
Le troisième élément est un temple divin. Si nous sommes capables de connaitre un corps qui nous révèle notre corps intérieur, on va découvrir un temple, ce lieu dans lequel le divin se dévoile. Pour que le divin se dévoile, il faut l’enfermer, c’est l’expérience de la « voie étroite », la voie du temple qui enferme les choses pour mieux les libérer. Il faut faire l’expérience du temple, c’est-à-dire se fermer à une impudeur qui donne l’impression de posséder la sexualité et de posséder son propre corps mais qui fait qu’on ne possède rien du tout et qu’on devient un misérable pour soi-même et pour le monde. On peut à l’intérieur de l’expérience de notre corps et du corps de l’autre, faire une expérience de libération extraordinaire. Au lieu de vouloir tout voir, tout posséder et tout consommer, nous n’allons pas vouloir tout voir, tout posséder et tout consommer et nous ferons mieux que voir, mieux que posséder et mieux que consommer, nous allons vivre quelque chose d’inimaginable. Il y a une bascule qui se fait pour sortir du corps chosifié, du corps anonyme et du corps impudique pour entrer dans un autre corps, un corps qui vit, qui a un visage et qui est capable de dévoiler quelque chose. D’où la parole de Saint Paul « Tout m’est permis mais tout n’est pas utile », nous ne sommes pas dans le permis et le défendu mais dans ce qui est utile et bon pour nous. L’être humain a envie du corps inconnu, il a envie du corps extraordinaire et inimaginable. C’est ce qui est fondamental car comme nous l’a dit Saint Paul, le corps est le temple du Saint-Esprit.